La relance, cette grande absente

Selon Eurostat et la BCE, les prévisions de croissance se réduisent en Europe, et c’est particulièrement valable pour l’Italie, l’Espagne et la France. La Commission prévoit une hausse du PIB de 1,8% pour la zone euro, qu’elle avait initialement fixé à 2,3%. Circonstance aggravante, la montée de l’inflation – qui doit beaucoup à celle du pétrole – va davantage rogner le pouvoir d’achat. Un plan de relance serait nécessaire, mais il brille par son absence faute de financement disponible. À l’optimisme un peu forcé qui prévalait a succédé une discrète inquiétude, comme si l’effet du rattrapage enregistré s’épuisait et qu’il n’y avait pas de relais.

Sur un an, la hausse du PIB italien devrait atteindre 1,1%, selon une estimation publiée par l’Institut national des statistiques (Istat). La troisième économie de la zone euro, durement frappée par la crise économique et par une récession en 2012-2013, n’a renoué avec la croissance qu’en 2014, et celle-ci reste très faible. En 2017, elle a atteint 1,5% contre 2,3% en moyenne dans la zone euro. Cela ne va pas en s’améliorant : la Banque centrale italienne prévoit une hausse du PIB de 1,3% en 2018 et de 1% en 2019, la Commission 1,3% puis 1,1%, et le FMI 1,2% puis 1%.
Le taux de chômage a par contre augmenté de 0,2 point en juin par rapport à mai en Italie, à 10,9%, atteignant même 32,6% chez les 15-24 ans. Et l’on constate une nette augmentation des contrats à durée déterminée tandis que les CDI diminuent.

La situation n’est guère plus favorable en Espagne, où la croissance devrait se ralentir à 2,7% après avoir dépassé 3% ces trois dernières années. L’embellie du tourisme s’est calmée, la consommation intérieure s’est ralentie et les ventes espagnoles au sein de l’Union européenne – qui représentent 65% de ses exportations – subissent les effets du ralentissement général de la croissance.

Afin de mettre toutes les chances de son côté, Mariano Rajoy avait construit un budget prévoyant une hausse des retraites et des baisses d’impôts pour les plus modestes. N’ayant pas survécu à une motion de censure, son calcul a été déjoué mais laisse peu de marge de manœuvre à Pedro Sánchez, qui ne dispose pas seul de la majorité aux Cortes, pour obtenir le financement de nouvelles mesures sociales comme il le voudrait. Le gouvernement socialiste minoritaire n’a pas d’avenir dans la configuration actuelle, mais il attend des circonstances plus favorables pour convoquer des élections, enregistrant dans les sondages une progression des intentions de vote en sa faveur.
La situation est moins tendue en France, où le gouvernement va néanmoins devoir revoir sa prévision de croissance de 2% pour l’année en cours. Sans fixer pour l’instant de nouveaux objectifs ni de pistes sur d’éventuelles économies budgétaires. Chez Natixis on table sur un petit 1,5% à l’atterrissage, et la Commission prévoit 1,7%. De surcroît, la hausse de 2,3% de l’inflation va rendre plus complexe les arbitrages, le gouvernement s’étant engagé à réduire dès cette année le déficit public à 2,3%. Et réduire les dépenses ou augmenter la fiscalité aura des effets sur la demande à court terme et réduira encore la croissance.

Deux grandes incertitudes politiques pourraient à la rentrée aggraver ce tableau: la relance de la guerre commerciale avec les États-Unis et une sortie du Royaume-Uni de l’Union sans accord. Dans les deux cas, la croissance européenne pourrait en pâtir. Autre grand facteur d’interrogation, la présentation à l’automne du budget 2019 de la coalition italienne, dont on ne sait s’il évitera ou non un affrontement avec Bruxelles et au prix de quels reports, pour ne pas parler de reniements.

Heureusement, nous disposons de Bruno Le Maire, le ministre français des finances, pour nous éclairer ! Revenant de Rome, il a déclaré « nous partageons une même vision de la construction européenne, de la zone euro et des relations commerciales », ce dont on ne se serait jamais permis de douter. Et, à propos de la croissance française, il a appelé à poursuivre « la transformation de l’économie du pays. Rien ne doit nous détourner de nos efforts pour accélérer la croissance. Il ne faut surtout pas que l’on lâche le rythme des réformes », a-t-il assuré.

5 réponses sur “La relance, cette grande absente”

  1. Réforme : nom féminin.
    Privatiser les bénéfices et socialiser les coûts.
    Synonymes : casse sociale, régression démocratique.
    Antonymes : liberté, égalité, fraternité.

  2. Vous vous souvenez de la réforme ferroviaire ? C’était il y a seulement quelques semaines.
    Jupiter promettait plus de trains, moins chers, une meilleure régularité, le développement du trafic ferroviaire régional, etc etc…
    Aucune ligne ne fermera !!
    L’encre du texte de loi n’est même pas sèche….que les engagements nationaux et locaux sont jetés par dessus bord contribuant à la désertification de ces régions excentrées.

    https://www.vosgesmatin.fr/edition-de-saint-die/2018/08/02/fermeture-de-la-ligne-sncf-epinal-saint-die-le-collectif-organise-la-riposte

  3. Le mensonge est tout simplement devenu une arme politique de plus en plus utilisée par néolibéraux, et depuis longtemps…. Résultat, plus de la moitié des gens n’ont pas voté aux dernières élections et Macron fait (un peu près) ce qu’il veut….

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